mai
29
2009
Les Ska Nerfs…
Que dire ?
Well.
Quand bien même j’avais déjà eu vent du nom du groupe, que j’avais su que le concert de l’année dernière à Festi’neuch avait été annulé pour cause de pluies torrentielles très soudaines et très localisées, je n’avais jamais au grand jamais entendu ses chansons. Contre vents et marées. Ni écouté la teneur de celles-ci. Ni n’avais éprouvé leur enveloppement, nuage poétique, ou senti à bras-le-corps leur vivacité et leur liesse, énergie vitale et vitalisante. Bienfaisante pour tout dire. A bien le dire. Ni n’avait vécu vibré au son de leur déluge. Cet autre déluge.
Je les ai écoutées, maintenant. J’ai comblé le manque.
Et avec la grâce d’un petit d’homme qui m’accompagnait, par hasard, à ce moment-là.
Je surveillais l’endormissement, et le sommeil de ce petit garçon d’à peine une année. Et son sommeil tardait à venir. Dans l’intervalle, je m’étais précautionneusement installée devant l’écran de l’ordinateur de la maman du petit, en quête des sons de Ska Nerfs, et de sa performance scénique, sur YouTube. J’avais été mandatée. J’étais intriguée, curieuse. Le petit tardait vraiment à s’endormir. Le sommeil se laissait désirer. Bébé s’escrimait à le chercher, vainement. Ou plutôt, il ne voulait apparemment pas le chercher. Et comme pour couronner le tout, il rageait derrière les barreaux de son lit enfantin. N’y tenant plus, j’allai le chercher. Et moi de dire et Ingeborg Bachmann d’écrire : « Allez, ne pleure pas, comme dit la musique. » Il avait mieux à faire, il le pressentait peut-être. A ce moment-là, « Sur la route » passait sur YouTube. Et miracle, il m’a semblé que Baby était subjugué, et était tellement attiré par la musique qu’il en a, at this very moment, tapé des mains. Un tapage de main de contentement, augurateur d’un rock’n’roll baby. Ou d’un jeune petit d’homme fougueux. Votre si jeune premier fan, les Ska Nerfs !
Ce fut ma première expérience des Ska Nerfs, non réelle, avec une autre forme de live youtubéen. Et aussi : le live d’un petit être qui s’extasie. Rassurez-vous, je ne fus pas victime d’hallucinations.
La musique, ce lien transcendant. Pourtant.
Etonnant d’envisager « cette première fois » alors que je sais que Ska Nerfs s’est produit plus d’une centaine de fois en concert, déchaînant feu et passion parmi ses spectateurs, Félicien, le meneur de la troupe, les incitant à cela. Il faut bien le dire. Il a tout de l’agitateur né, du rassembleur des foules, du déclencheur d’émotions. Et l’on vous réécoute ardemment, une fois, puis deux, puis d’autres fois encore…
Car la musique est là. Une vie sans musique ? Que nenni. Pour faire naître des émotions, pour nous transbahuter dans l’ailleurs de la fête, ou dans la corrosivité de ses pensées, pour les faire se dérider, les dénoirer, les pensées. Les faire recouvrer le soleil. Leur soleil. Dissiper la pluie. Dissiper les pluies. Ou faire en sorte que les pensées se déhanchent dans des ailleurs très intimistes, malgré l’agitation des foules. Grâce à elle. Ou dans des ailleurs communautaires, lorsqu’on en a marre d’être la tête dans ses pensées. Et que le corps se doit d’agir, suppléant les pensées. Quand le corps vibre de concert. Quand la vie est à fleur de peau. Et non pas -forcément- sur pause. Vie à foison. Sentiment de celle-ci qui ressurgit, jusqu’à la « dernière gorgée », jusqu’au dernier « brin de soleil », et jusqu’au dernier « rayon d’herbe ». Quelles belles trouvailles ! Le ciselage des mots, la joliesse des expressions. Poésie. Qui affleure à fleur de fleur. Et à fleur de champ. Et à blé de fleur.
Ces petits riens qui sont des presque-tout. Presque rien pour presque tout. Les petits pas cinglants enveloppants, pour nous faire éprouver bien plus, et tellement plus. Et lorsque Brassens est repris (« Le pornographe »), la subversion tout achalandée de celui-ci et sa conception goûtue et polissonne frissonnent. Et plus tendre encore est l’ironie.
Et même si le déluge devait apparaître, si les éléments devaient se déchaîner une seconde fois, pernicieusement, nul doute que les Ska Nerfs sauront nous conquérir, et braver la tempête, pour « briser la glace » !
Que le soleil alors fuse, fuse, et fuse encore dans nos cœurs ! Que l’on s’amourache de lui, et des mélopées par instants suavement distillées par les deux chantres de Ska Nerfs !
Oui, déchaînez les foules ! Que le déluge fuse, tout intérieur ou à l’intérieur de nos cœurs communs, que nous vibrions tous à l’unisson !
A l’unisson, sans mots. Ou plutôt : maintenant, juste là, sans mes mots ; sans mes mots à moi. Je m’efface pour faire la place aux mots si bien amenés, purs joyaux, susurrés et plus violemment assénés par moments. La part belle aux mots. Le nombre de mots à la minute. La musique des mots. Et… la musique. Un si bel assemblage. Divers genres musicaux sous le ska, et juste dessous, mais sans être en arrière-plan, des paroles si bien senties, rondement encerclées, tout en étant libérées. Mots en sous-jacence. La musique des mots fait sens avec la musique de la musique.
Les mots touchent, ils font mouche, ils mentent il est vrai quelquefois. Mais quand bien même ils mentiraient, cela est fait de manière tellement poétiquement belle que nous en redemandons ! Et puis, si l’illusion opère quelques instants, les histoires n’atteignent-elles pas leur but ? Comme l’avait dit Picasso : « L’art est un mensonge qui dit la vérité ».
Alors, que vogue le navire ! Ska Nerfs, emportez-nous loin, aussi loin que possible ! Avec toute la polyvalence de votre orchestration, avec votre quête éperdue et non pas perdue de la musique, avec vos voix tendrement entrelacées et tout en variations tout en finesse douce amère, et vos instruments qui nous amènent dans diverses contrées, des stridulances violonnesques aux « forces de frappe » des cuivres et aux sonorités clairement rock du trio guitare basse batterie !
Et moi qui aime la musique française des mots, je fus conquise. Les paroles sont « 100% françaises », en effet, comme ils aiment à le dire. Musicalité de la langue. On sent la langue prise comme un outil, comme une distillatrice, et non comme un étau. On sent qu’elle est sensiblement mise à sac. Prise à parti sans être déprise. Même si on la malmène aussi quelque peu parfois. Qu’on cherche ce faisant à lui donner ses lettres de noblesse. La défaire pour la faire. La défaire pour la refaire. Du simple au complexe. Ambiguïté. Ambiguïté des voix, et des paroles. Par instants fragmentées.
Mais derrière, et devant, la musique. La musique en elle-même et pour elle-même, la musique qui fait que plus rien d’autre n’existe, si ce n’est elle, l’espace d’un instant, l’espace de plusieurs instants mis bout à bout. Quand les Ska Nerfs ne sont pas à bout de nerfs, mais en train de se déchaîner avec fougue sur les devants de la scène !
Je me réjouis du 6 juin, et de ma première fois en véritable compagnie mensongère des Ska Nerfs !
Venez dès lors et de ce pas vibrer en compagnie de Félicien, Laura, Luca, Jérémie, Paul, Jérôme, Hervé, Thomas, Ulysse, et Christophe, et de leur équipe composée de Gwen, Tita, Colin, Salvo, Seb, Beutch, Ghislain et Vincent ! Partage.
Tout le monde debout, et tout le monde assis aussi parfois, comme aime à le demander Félicien !
Que le soleil se soleille ! Place aux délires délicieux des sens et aux danses virevoltantes et festives ! Et… bon vent à vous, les Ska Nerfs !
Et… pour vous mettre l’eau à la bouche, les sens en éveil et le corps en agitation mouvementée :
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