mai
27
2009
Quand on entend parler de Junior Tshaka dans le grand village qu’est Neuchâtel, les avis divergent. Son succès rapide, notamment avec sa première formation reggae Akamassa, a inévitablement suscité des jalousies et des critiques pas toujours sympathiques ni constructives, comme celles le décrivant en tant que pseudo-altermondialiste mal assumé ou un peu trop fleur bleue. Chanter les choses simples pourrait donc être mal vu de par chez nous…
Je me souviens du jeune natty dread neuchâtelois entonner en avril 2004 sur la scène du Centre culturel français à Dakar : « tu as payé cash les erreurs de nos ancêtres, mais tu as compris que le plus important c’est d’être. Aujourd’hui encore soumise aux grands maîtres, garde ta dignité ô Africa ». Je me souviens aussi des regards saisissants, d’une dignité étonnante pour des personnes aussi jeunes, d’enfants locaux écoutant ces quelques couplets. Autant de rencontres musicales et humaines d’une énième génération post-coloniale, qui tout en se demandant pourquoi les frontières de l’Afrique sont carrées, jette des passerelles par-dessus la Méditerranée.
Pas seulement dans le milieu du reggae, Junior Tshaka est apprécié notamment pour l’esprit humaniste qui l’anime et son goût du partage. Il a rencontré sur son chemin Rico Rodrigues, Anthony B, Tiken Jah Fakoly, Sinsemilia pour les plus connus, et a su s’entourer des musiciens issus des principales formations de reggae du canton neuchâtelois et de ses environs. Il y a six ans, Tshaka est parti tout seul avec sa guitare et son carnet à Dakar. Il y est depuis retourné plusieurs fois, y amenant même en 2004 son band Akamassa. Entretemps, il a également sillonné les routes de France pour accompagner Riké, et y défendre ses textes seul avec sa gratte face à des salles combles. Cette détermination force le respect.
Il doit probablement être l’artiste s’étant produit le plus souvent à Festi’neuch: deux ans de suite avec Akamassa, ainsi qu’une apparition remarquée en 2005 avec Tiken Jah Fakoly.
Pour cette année, Junior Tshaka a emmené dans ses bagages depuis Dakar le rappeur Didier Awadi, ainsi qu’une bonne centaine d’écoliers de la région, afin de nous concocter une nouvelle rencontre dont il a le secret. Peut-être qu’en montant dimanche après-midi sur la scène du Chapiteau, se souviendra-t-il de cette phrase prononcée à Dakar par une magnifique animatrice d’une radio locale: « il faut répéter le message, car à chaque fois qu’on le répète, c’est comme un enfant qui naît ».
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