mai

30

2007

Paroles d’iguane lettré et déjanté

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Une performance d’Iggy Pop ne passe jamais inaperçue par la démence physique et la densité musicale. Avec les mythiques The Stooges, il débarque à Festi’Neuch vendredi pour une unique date en Suisse cet été. Interview.

 

Par Alexandre Caldara

 

La voix à l’autre bout du fil est bien la sienne, profonde, habitée, mais décontractée aussi. Un rendez-vous téléphonique avec l’iguane parrain du punk n’arrive pas tous les jours, on le craint et l’attend. Il se marre. Iggy Pop, légende vivante de la scène «underground», corps mutilé, bête de scène sans pareille, légende vivante du «sex, drugs & rock’n'roll» ne manque ni d’humour ni de références.

La sortie fin mars de «The Weirdness» était attendue par les fans des Stooges. Parlez-nous, Iggy Pop, de vos retrouvailles avec les frères Asheton?
C’est bizarre, une bonne chose et un cadeau étrange. Comme si on se retrouvait à une réunion de lycéens (rires). Quand je les ai revus, je me suis dit: «C’est les seuls mecs que je connais». Le temps a passé, on s’est marié, on a eu des petites amies, des managers, et nous revoilà ensemble pour travailler. Je crois qu’on voulait juste montrer aux gens à quel point nous sommes de vrais musiciens, surtout eux. Moi je suis toujours en charge d’amuser ce public de bâtards. Finalement, toutes ces histoires de ruptures et de réconciliations intéressent surtout les critiques de rock qui s’excitent derrière leurs ordinateurs. Nous, on joue.

Vos performances scéniques restent toujours aussi sauvages. Dans les années 1970, vous avez commencé à vous exhiber nu, à vous lacérer la peau, à l’enduire de beurre de cacahuète. Ce rapport difficile au corps était-il en lien avec des performances d’art contemporain comme celle de Marina Abramovic?
Oui, je me rappelle de Chris Burden se faisant crucifier sur le toit de sa voiture, mais j’ai connu cela presque par hasard. A cette époque, je m’intéressais surtout à la manière de bouger de James Brown. Et les concerts de violoncellistes nues qui jouaient John Cage, j’ai suivi aussi le living theater. Mais je crois que si je faisais tout cela c’était à cause du LSD. Quand j’étais enfant, déjà je dessinais des cerveaux atomiques.

De la musique atomique, donc?
Ouais, même si j’avais accès à la bibliothèque de David Bowie et me passionnais aussi pour des lectures intellos. Mais j’aimais ce côté divertissement formel. Quand une femme fait cela, on la traite de prostituée, moi on dit qu’il s’agit de la célébration du corps… Toute façon, j’ai jamais su me situer entre les hommes et les femmes, j’ai toujours voulu être au milieu ou d’un troisième genre.

Racontez-nous vos premiers émois musicaux?
Au lycée, les morceaux de Bob Dylan m’ont frappé de plein fouet. Et puis a commencé la mode des «beatniks», j’aimais la manière dont ils s’habillaient. Mais je dois aussi parler du blues de Robert Johnson et de son imaginaire malade. Chuck Berry pouvait sembler beaucoup plus conventionnel, mais il savait faire des gags dégueulasses sur des petites filles de six ans. Impossible aux Etats-Unis aujourd’hui.

Vous arrivez encore à vivre dans cette Amérique-là?
Non! Mais bon j’aime la région de Miami où j’habite. Et je refuse de partir, car si je m’en vais, le pouvoir gagne. J’aime être accueilli comme un visiteur en Europe et aux Antilles, mais je ne sais pas si on aurait une aussi belle relation à long terme.

En écoutant votre chant proche parfois de la parole ou du cri, on pense à l’influence des écrivains de la beat generation?
Oui, les textes de William Burroughs m’ont réveillé, ils m’ont permis de découvrir Kerouac. Allen Ginsberg, c’est un problème différent, on s’est connu et je ne l’aimais pas. D’habitude, dans ce cas, je me débrouille pour détester le travail aussi, mais avec lui impossible, il est trop bon. /ACA

Neuchâtel, Festi’Neuch, vendredi, concert à 22h30.
Avec aussi, entre autres, Cassius et Lole. Portes ouvertes dès 17 heures.

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